Racines culturelles

Transportons-nous aux derniers temps de la Nouvelle-France. La guerre de Sept Ans fait rage et la colonie française est menacée par les troupes britanniques. En 1760, la Nouvelle-France est chose du passé. Le colosse aux pieds d’argile s’écroule comme un château de cartes, confirmant la supériorité numérique et militaire des Britanniques.

Témoin de l’arrivée de nouvelles populations provenant de part et d’autre de l’Atlantique, la Gaspésie devient une terre d’adoption pour plusieurs, alors que d’autres reviennent s’établir une fois les tensions apaisées. Conquête britannique oblige, une population de souche anglophone s’installe à demeure dans notre coin de pays. Un pluriculturalisme prendra donc naissance en cette terre comme il n’en existe pas ailleurs au Québec à la même époque.

Attirés par les eaux poissonneuses de la péninsule, ces nouveaux arrivants convoitent le territoire, de sorte que Micmacs, Anglais, Anglo-normands, Basques, Canadiens-français, Acadiens, Loyalistes, Écossais et Irlandais se côtoient en s’enracinant le long des anses, des baies et des barachois. Une mosaïque culturelle se crée donc, où la diversité ethnique, religieuse et linguistique imprègne la péninsule d’une richesse unique.

Ces différences, si tangibles après la Conquête à cause de la prédominance des nouveaux vainqueurs et des barrières religieuses, sont souvent accentuées par l’isolement géographique et par la faiblesse des moyens de communication entre les villages et à l’intérieur même de ceux-ci lorsque se côtoient plusieurs groupes ethniques.

Par exemple, il n’y a pas de route carrossable ceinturant la Gaspésie avant la seconde moitié du XJXe siècle. Quant au boulevard Perron, il n’est complété qu’en 1929. La route, c’est la mer, ce qui tend à augmenter l’isolement au sein de la péninsule. Lors de la saison hivernale, les déplacements sont peu fréquents, ce qui vient limiter les contacts entre les communautés et entre les habitations d’un même groupe ethnique. Cependant, avec le temps, des barrières vont tomber entre les communautés vivant dans un même village. Un métissage et des rapprochements s’effectueront par la force naturelle des choses.

Au fil des ans, chacune de ces ethnies apporte sa contribution à l’évolution socio-économique et culturelle de la péninsule. Aujourd’hui encore, l’apport de ces différentes communautés est toujours présent dans le paysage gaspésien. Malgré la forte tendance à l’uniformisation du langage et de la culture, les accents de chaque village sont toujours bien vivants. Des arrêts consécutifs à Paspébiac, New Carlisle et Bonaventure témoignent de la fierté qu’ont ces gens de conserver des traits culturels qui leur sont spécifiques. Vous remarquerez tout de suite les accents respectifs des Jersiais et des Basques, des Loyalistes, de souche anglophone, et des Acadiens.

Les gens de Paspébiac, par leur origine basque française, normande et jersiaise, possèdent un accent singulier, rattaché intimement à leurs racines. Ils ont conservé cet accent atypique ainsi que des mots du terroir et des expressions étroitement liées à la mer. Sur le plan de l’architecture, l’influence anglo-normande est toujours visible sur le territoire. Un coup d’œil suffit pour repérer les revêtements de planches à clins sur les bâtiments de pêche et les résidences, les impostes au-dessus des portes, les décorations comme l’œil-de-bœuf sur divers bâtiments, sans oublier les poteaux de galeries octogonales et les frises en dentelle.

Pour ce qui est des Acadiens, leur langue est étroitement liée à leur identité. Originaire du centre ouest de la France, le français acadien des gens de la baie des Chaleurs diffère de celui de la péninsule acadienne, au Nouveau Brunswick. Il existe plusieurs accents acadiens. Le français parlé par les Acadiens est parsemé d’expressions qui lui sont propres et est façonné par un vocabulaire particulier. Chaque région a développé son accent, conservant souvent des mots anciens remontant au départ de France des Acadiens au début du 16e siècle vers l’Acadie.

L’influence architecturale des descendants acadiens de la baie des Chaleurs proviennent principalement des provinces de l’Atlantique, ce qui témoigne des liens étroits entretenus à une certaine époque avec les Maritimes. La culture maritime s’exprime également dans ce type d’architecture par plusieurs aspects, dont l’utilisation du bardeau de cèdres. L’architecture est modeste et épurée. Les bâtiments sont sobres, mais combien typiques et évocateurs de leur histoire. On peut le voir tout particulièrement à Bonaventure et Carleton-sur-Mer.

Quant aux Loyalistes, ils s’installent en Gaspésie après la Guerre d’Indépendance américaine (1776-1783), ceux-ci influenceront également le patrimoine bâti. De souche anglophone, les Loyalistes apportent dans la région le style d’architecture colonial, bien à la mode au 18e siècle en Nouvelle-Angleterre. Des exemples sont à voir à Cascapédia-St-Jules, New Richmond, New Carlisle et Paspébiac.